

Don Hector Aguanari est né à Punchana, un petit hameau situé en amont d’Iquitos, la ville amazonienne du Pérou bordant le fleuve Amazone. Très tôt, il a grandi au contact de son père, le célèbre guérisseur et Ayahuasquero Don Manuel Aguanari, qu’il voyait accomplir des soins et des cérémonies d’Ayahuasca. Don Manuel est également cité dans l’ouvrage de Luis Eduardo Luna consacré au végétalisme.
L’un des souvenirs les plus marquants de son enfance remonte à l’arrivée d’une femme chez son père, souffrant d’un ventre violemment gonflé et de douleurs intenses. Après l’avoir diagnostiquée grâce à l’Ayahuasca, Don Manuel comprit qu’elle avait été atteinte par un autre Ayahuasquero au moyen d’une forme de sorcellerie particulièrement difficile. En réalité, elle aurait été rendue enceinte par un anaconda. Ce type de phénomène n’est pas considéré comme entièrement exceptionnel, et des récits similaires apparaissent aussi bien dans des peintures que dans les témoignages de guérisseurs.
Pour la soigner, Don Manuel prépara un remède à base du puissant arbre Katawa, très respecté pour sa capacité à guérir comme à nuire. Après l’avoir bu, la femme ressentit de douloureuses contractions dans l’abdomen, tandis que l’anaconda qui l’habitait se tordait de souffrance. Finalement, une fois tout le monde endormi, l’anaconda sortit, ne laissant derrière lui que des traces de mucus et de sang. Ces événements ont profondément marqué Hector, même s’il n’a pas choisi immédiatement la voie du chamanisme.
Pendant de longues années, Don Hector s’est consacré à gagner sa vie et à élever sa famille à Iquitos. Ce n’est qu’à la fin de sa trentaine qu’il a commencé à apprendre la médecine de l’Ayahuasca, comme il le dit lui-même, « par nécessité ». Son épouse et lui traversaient alors une crise douloureuse : ils ne parvenaient à s’accorder sur rien et éprouvaient l’un pour l’autre une forte répulsion. Un Ayahuasquero leur expliqua qu’ils avaient été visés par des personnes jalouses, désireuses de les séparer. Tous deux l’ont vu dans leurs visions, mais ils ont d’abord refusé d’y croire.
Lorsque sa femme partit ensuite pour Pucallpa, Don Hector se tourna enfin sérieusement vers son guérisseur. Grâce à des travaux de purification, lui et son épouse furent libérés de la sorcellerie, et le guérisseur aida à rappeler l’âme de sa femme vers lui. Deux mois plus tard, sans aucun contact entre eux, elle revint d’elle-même à Iquitos, et ils se retrouvèrent. Le guérisseur dit alors à Don Hector qu’il ne trouverait pas la paix tant qu’il n’aurait pas emprunté le chemin de la médecine.
Il entra alors dans l’apprentissage exigeant qui mène à devenir guérisseur d’Ayahuasca. Dernier des cinq apprentis à rejoindre son maître, il dut traverser de nombreux régimes, épreuves et difficultés. Au final, il fut le seul du groupe à sortir pleinement consacré comme chaman d’Ayahuasca. L’un des moments les plus éprouvants de sa formation survint juste avant la fin, lorsqu’au cours d’une séance d’Ayahuasca il entra en vision et vit la fin du monde. Submergé par la peur et la tristesse, il pleura et jura de ne plus jamais prendre d’Ayahuasca. Pourtant, il passa l’épreuve et exerce depuis comme chaman, avec une clientèle nombreuse et d’innombrables guérisons à son actif.
Don Hector guide ses cérémonies avec à la fois attention et fermeté. Son chant est puissant et magnifique, et son approche rituelle reste profondément traditionnelle. Il utilise principalement le faisceau de feuilles de Shacapa pour l’accompagnement instrumental et chante dans un mélange de quechua, de langues amazoniennes autochtones et d’espagnol. Ses chants associent images de la jungle et symbolisme chrétien, une caractéristique fréquente chez les praticiens de l’Amazonie péruvienne.
La plupart de ses chants de guérison lui ont été transmis par son maître. Pourtant, de manière remarquable, même après le décès de son père, Don Manuel continue de lui venir en aide pendant les cérémonies. Don Hector affirme que tous les chants de son père lui sont revenus, et il les interprète désormais dans son travail.
Aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, Don Hector demeure actif et solide. Il compte vingt et un élèves, hommes et femmes confondus. Son principal apprenti est son fils adoptif Fernando, et tous deux chantent très bien ensemble en cérémonie. Comme le dit Don Hector, il est essentiel d’avoir des apprentis qui apprennent bien, car lorsqu’un guérisseur rencontre des difficultés, les élèves peuvent être en mesure de l’aider.