
Gardien de l’héritage Kichwa, compagnon du silence et organisateur au service de sa communauté.
Homme de médecine, protecteur et musicien de l’espace sacré des cérémonies.
Né en 1960 à Cecilia Cocha, dans la zone frontalière entre le Putumayo et l’Amazonas, Taita Isaías Muñoz Macanilla s’inscrit dans une lignée de guérisseurs profondément respectée. Héritier de deux grandes traditions amazoniennes, Murui et Kichwa, il a grandi au croisement de ces mémoires vivantes. Son père, Taita Isaías Muñoz Caimito, était un curaca reconnu chez les Uitoto Muruy de La Chorrera, tandis que sa mère, Margarita Macanilla, venait de la lignée Kichwa de la région du fleuve Napo, en Équateur, issue d’ancêtres ayant fui la violence de l’époque du caoutchouc pour trouver refuge dans la forêt.
À l’âge de cinq ans, en 1965, il a bu pour la première fois le Yagé avec son père. Dès lors, son chemin s’est tissé au contact des médecines ancestrales de son peuple. Pour lui, le Yagé est une « bible » que l’on boit : il révèle ce qui demeure caché et permet d’entendre ce qui repose dans le cœur des anciens. Son apprentissage s’est nourri des plantes de la jungle, des cérémonies sacrées, des chants transmis de génération en génération et des ícaros porteurs de mémoire.
Sa formation dans la science de la médecine s’est construite auprès de son père, de son grand-père et de son oncle Antonio Muñoz, avec lesquels il buvait le Yagé. Il a également reçu l’enseignement de Taita Rafael Sanjuán, Taita Héctor Coca, Taita Pachito, Taita Oscar Mojomboy, ainsi que du fils de Taita Paulino, qui l’a accompagné avec constance. D’autres aînés ont également jalonné sa voie, parmi lesquels Taita Querubín Queta Alvarado, Taita Diomedes Díaz et Taita Guillermo Lucitante. Au fil des décennies, il est devenu gardien de ces traditions et guide pour celles et ceux qui recherchent la guérison et une reconnexion aux médecines des plantes et de l’esprit.
Au-delà de son rôle de curandero, il a assumé des responsabilités de leadership au sein de sa communauté. Gouverneur dans sa jeunesse, puis conseiller auprès de structures indigènes telles que l’ACILAPP, l’OZIP et l’OPIAC, il a renforcé son engagement en faveur de la reconnaissance culturelle et de l’autodétermination.
Depuis 2014, grâce à l’APKAC, il a contribué à obtenir la reconnaissance officielle de 19 communautés Kichwa, auparavant regroupées sous l’appellation « Inga ». En tant que membre du Conseil des Anciens de l’APKAC, il a participé au Plan de Sauvegarde Ethnique du peuple Kichwa, à son Plan de Vie et à son Récit Historique.
Il est aussi le frère aîné et le mentor de Taita Marco Tulio Muñoz Macanilla, avec qui il partage bien plus qu’un lien de sang : une même fidélité à la préservation et à l’épanouissement des savoirs ancestraux de son peuple.
Depuis plus de dix ans, il voyage à l’international pour transmettre la sagesse des cérémonies de guérison. Chaque rencontre devient un pont entre les enseignements anciens de l’Amazonie et le cœur des chercheurs contemporains, une invitation sacrée à revenir à soi.
Sa vie trace un lien vivant entre les mondes, entre traditions sacrées et existence moderne. Depuis 1985, il consacre son chemin à la guérison et à l’accompagnement des autres, partageant généreusement sa connaissance avec celles et ceux qui cherchent une guidance. Aujourd’hui, il bénéficie d’une reconnaissance officielle du gouvernement colombien, ainsi que du peuple Kichwa et d’autres nations autochtones.
Sa mission demeure claire : préserver la culture indigène, nourrir la médecine sacrée et cultiver la résilience face aux besoins mondiaux de guérison, d’unité et d’alignement spirituel. Il poursuit son étude de la nature, des plantes et des méthodes traditionnelles de soin. Plus on approfondit la connaissance du Yagé, plus grandissent l’humilité et le silence ; c’est pourquoi les sages parlent peu. Que cette sagesse ancestrale continue d’éclairer le chemin des générations futures.